Manifestations nationales

41e Congrès national – Discours de Jean-Pierre Riso, président FNADEPA

Publié le 11 juin 2026

Discours d’ouverture de Jean-Pierre Riso, président de la FNADEPA,  au 41e Congrès national de la FNADEPA, à Toulouse (11 & 12 juin 2026).

 

Seul le prononcé fait foi

 

Mesdames et Messieurs, Chers collègues, chers amis,

Je regarde cette salle. Je vois des directrices et des directeurs. Des équipes soignantes, des accompagnants du quotidien. Des femmes et des hommes qui, chaque matin, se lèvent pour aller au travail avec une conviction chevillée au corps : que la vieillesse mérite mieux que l’indifférence, que les vieux méritent plus que la résignation. Vous êtes là, à Toulouse, pour deux jours. Deux jours de réflexion, d’échanges, de rencontres. Deux jours aussi pour reprendre souffle dans un secteur qui en a bien besoin.

Bienvenue au 41e Congrès national de la FNADEPA.

 

Cette année, nous avons choisi un intitulé qui peut surprendre : « Deux urgences, un avenir : climat et vieillissement à l’heure des choix. » Pourquoi parler de climat dans un congrès du grand âge ? Certains me l’ont demandé, avec une pointe d’étonnement. Permettez-moi de vous répondre très simplement : parce que ce sont les mêmes personnes qui sont concernées. Parce que ce sont les mêmes établissements qui doivent se transformer. Parce que ce sont les mêmes budgets que l’on comprime. Et surtout, parce que les deux transitions — démographique et écologique — ne demandent pas la permission. Elles sont déjà là. La transition démographique, d’abord. Nous le savons tous : les chiffres sont vertigineux. Dès 2030 — c’est demain — la France va connaître une accélération sans précédent du vieillissement de sa population. Les baby-boomers entrent dans le grand âge. Le nombre de personnes en perte d’autonomie va doubler dans les vingt prochaines années. Nous allons avoir besoin de places, de professionnels, de financements, d’une gouvernance simplifiée, de modèles d’accompagnement renouvelés. Et nous en avons besoin maintenant.

La transition écologique, ensuite. Nos établissements sont des passoires énergétiques pour beaucoup d’entre eux. Le changement climatique frappe déjà celles et ceux que nous accompagnons. Souvenez-vous des épisodes de canicule, de ces alertes chaleur qui deviennent, chaque été, plus fréquentes, plus intenses. Nos aînés sont parmi les plus vulnérables. Et pourtant, la rénovation thermique, les circuits courts alimentaires, les jardins partagés, les approches bas-carbone : tout cela coûte de l’argent que nous n’avons pas. Deux transitions. Deux urgences. Un seul monde. Le nôtre.

 

Mesdames, Messieurs,

Je ne veux pas vous faire un discours de tribune. Je veux vous parler de ce que je sais, de ce que vous vivez. Vous êtes des directrices et des directeurs d’établissements et de services d’aide à domicile pour personnes âgées ; vous êtes des professionnels qui s’engagent avec force. Vous portez des projets, vous accompagnez des équipes épuisées, vous répondez aux familles inquiètes, vous tenez la main d’hommes et de femmes en fin de vie. Et vous faites tout cela dans un contexte que je n’hésiterai pas à qualifier de profondément injuste. En avril dernier, la CNSA a annoncé un gel prudentiel de 215 millions d’euros sur les financements dédiés à l’autonomie. 215 millions d’euros. Gelés. Sans concertation avec les représentants du secteur. Sans tenir compte des alertes que nous avons lancées. Avec nos fédérations partenaires — et nous étions 26 organisations signataires — nous avons dit notre désaccord total, fort et clair. Ce gel, ce n’est pas une ligne comptable abstraite. C’est une aide-soignante de moins dans un couloir. C’est un projet de rénovation qui n’aura pas lieu. C’est une personne qui attend plus longtemps qu’elle ne le devrait. Les années se suivent et se ressemblent. En 2025, c’était 241 millions. En 2026, 215 millions. Et chaque fois, c’est le même scénario : une décision prise dans les couloirs d’une administration, sans jamais regarder en face ce que cela signifie pour nos concitoyens. Nous, nous regardons en face. Parce que c’est notre métier. Parce que c’est notre engagement.

 

Il y a quelques semaines, la FNADEPA publiait un communiqué sur les risques psychosociaux des directeurs d’établissements et services médico-sociaux. Le titre ne laissait aucun doute : « Alerte sur un épuisement devenu structurel. » Je veux m’arrêter un instant sur ces mots. Structurel. Ce n’est pas conjoncturel. Ce n’est pas lié à une mauvaise organisation individuelle, à un manque de volonté. C’est le système lui-même qui use ceux et celles qui le font vivre. Vous êtes, nous sommes, soumis à des injonctions contradictoires. Faire plus avec moins. Être innovants sans moyens. Être humains dans des organisations qui ont besoin d’efficience. Porter des valeurs dans un environnement où la contrainte budgétaire écrase parfois tout le reste. Je veux vous dire ce matin : votre épuisement n’est pas une faiblesse. C’est le signe que vous vous battez, chaque jour, pour quelque chose qui compte.

Et la FNADEPA est à vos côtés pour que ce combat soit reconnu, entendu, et — nous l’espérons — enfin soutenu par les pouvoirs publics.

 

Alors, que faire ? Nous pourrions céder au découragement. Regarder les arbitrages budgétaires, les réformes annoncées puis abandonnées, les lois Grand âge promises depuis quinze ans et jamais votées, et nous dire que rien ne change. Mais ce n’est pas ce que je vois quand je parcours le réseau de la FNADEPA. Ce n’est pas ce que j’entends quand je rencontre les associations départementales et régionales et quand vous m’accueillez au sein de vos établissements et services. Ce que je vois, c’est de l’inventivité. Des résidences autonomie qui développent des jardins partagés, des espaces intergénérationnels, des liens avec les écoles du quartier. Des EHPAD qui rénovent leur bâtiment avec des matériaux biosourcés. Des services à domicile qui repensent leurs tournées pour réduire l’empreinte carbone et améliorer les conditions de travail en même temps. Des directeurs qui recrutent différemment, qui forment autrement, qui osent l’habitat intermédiaire et les nouvelles formes de prévention. Tout cela existe. Tout cela se passe maintenant, dans vos établissements, avec vos équipes. Le Prix Millésim’Âge cette année porte sur l’innovation écologique. Nous avons reçu des candidatures remarquables ; place au verdict ce soir. Chacune de ces initiatives est une réponse concrète, sur le terrain, à ces deux urgences dont nous parlons. Chacune est une preuve que notre secteur ne subit pas : il agit.

 

Permettez-moi maintenant de m’adresser, à travers vous, aux élus, aux responsables de l’État, aux décideurs qui liront ou entendront ces mots. Notre pays vieillit. Ce n’est pas un problème. C’est une réalité à laquelle il faut répondre avec courage, avec ambition, avec des financements à la hauteur. Faire des économies aujourd’hui sur l’autonomie, c’est préparer des coûts bien plus lourds demain. C’est une impasse économique autant qu’une faute sociale. Nous demandons la levée immédiate du gel prudentiel des financements de l’autonomie. Nous demandons une loi de programmation pluriannuelle pour le grand âge, qui donne enfin à notre secteur la visibilité dont il a besoin pour recruter, former, investir. Nous demandons que la transition écologique des établissements médico-sociaux soit accompagnée par des financements dédiés, et pas seulement par des injonctions. Et nous demandons d’être entendus. Pas seulement consultés. Entendus. La FNADEPA n’est pas dans l’opposition systématique. Nous travaillons au quotidien avec les pouvoirs publics. Nous l’avons fait, nous sommes évidemment prêts à continuer. Mais il faut, de l’autre côté, une volonté réelle de répondre à la vague qui arrive.

 

Chers Amis,

Je veux terminer ce discours en vous parlant de ce qui fait la force de la FNADEPA : vous. Nous sommes une fédération de directrices et de directeurs. Pas des lobbyistes. Pas des technocrates. Des professionnels du terrain, qui connaissent le nom de ceux que nous accompagnons, qui savent ce que c’est d’annoncer une mauvaise nouvelle à une famille, qui vivent dans leurs tripes les soirées de tension dans les équipes, les réunions budgétaires impossibles, et aussi — et surtout — les moments de grâce. Un anniversaire célébré avec une résidente de 102 ans. Une sortie en forêt organisée par une équipe créative. Un sourire retrouvé. C’est pour ça que vous êtes là. C’est pour ça que nous existons. La FNADEPA a, derrière elle, quarante ans de militantisme. Quarante ans à défendre une vision de la vieillesse qui refuse la résignation, qui insiste sur la dignité, qui croit que l’on peut vieillir mieux si la société s’en donne les moyens. Ce 41e Congrès s’inscrit dans cette histoire. Et il en ouvre une nouvelle page, plus exigeante, plus urgente, mais aussi pleine d’espoir.

 

Deux urgences, un avenir. Le vieillissement et le climat ne nous demandent pas si nous sommes prêts. Ils avancent. Ils sont là. La question, c’est : est-ce que nous choisissons de les affronter ensemble, avec lucidité et solidarité ? Ou est-ce que nous laissons faire, en espérant que ça se passera sans trop de casse ? La FNADEPA, vous, nous tous ici : nous avons choisi de regarder en face. Nous avons choisi de nommer les urgences. Nous avons choisi d’agir. Ces deux jours à Toulouse vont nous permettre de partager, d’apprendre, de nous ressourcer. De repartir avec des idées, des outils, des convictions renforcées. Merci d’être là. Merci pour ce que vous faites. Merci pour ce que vous êtes.

Bon congrès à toutes et à tous.

Jean-Pierre RISO